Comment vivre et apprendre sur des campus à +2 °C ?  Les étudiants de Grenoble se sont posé la question

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En février 2026, l’Université Grenoble Alpes a initié sa première Convention Citoyenne Étudiante pour permettre aux étudiants de réfléchir à l’adaptation du campus universitaire face au dérèglement climatique. Après la restitution de leur travail en avril, les étudiants négocient désormais la mise en œuvre de leurs propositions avec la direction.

« +2° en 2050, On fait quoi ? » C’est la question à laquelle une quarantaine d’étudiants de l’Université Grenoble Alpes (UGA) ont tenté de répondre lors de la Convention Citoyenne Étudiante (CCE) organisée en février 2026. Inspirée de la Convention pour le climat de 2019 qui avait réuni 150 citoyens tirés au sort, cette initiative grenobloise s’inscrit dans un mouvement plus large porté par plusieurs universités, dont celles de Créteil, Sorbonne Université, Bordeaux et Angers.

Pendant une semaine, ces étudiants issus de 14 formations différentes se sont réunis pour repenser le fonctionnement de leur campus face à l’urgence écologique. Portée par la direction de la transformation écologique de l’UGA, cette convention a permis à des étudiants volontaires déjà sensibilisés aux enjeux écologiques d’expérimenter une forme de démocratie participative et d’élaborer ensemble des propositions concrètes.

Une semaine pour réinventer l’université face à la crise climatique

Ces étudiants se sont lancés dans ce projet avec un objectif ambitieux : comprendre les enjeux, proposer des solutions, puis défendre des mesures réalistes et innovantes.

Afin de maîtriser les enjeux, les étudiants ont d’abord établi un socle de connaissances communes sur le climat, grâce à des interventions de spécialistes, ainsi que sur le fonctionnement de l’UGA : service de formation, d’aménagement, de vie étudiante ainsi que des responsables du CROUS, afin de mieux appréhender les contraintes et les leviers d’action de leur université et de ne pas reproduire des mesures existantes.

La démocratie participative implique également de travailler en intelligence collective : les échanges se sont déroulés en petits groupes, avec des rotations régulières pour permettre à chaque voix d’être entendue. Des facilitateurs ont veillé à ce que les débats restent horizontaux et constructifs en plaçant l’écoute au cœur du processus.

Enfin, les étudiants ont choisi de penser le problème écologique au niveau global en adoptant une approche systémique qui les a guidés tout au long de leur travail. Ainsi, ils et elles ont structuré leurs propositions autour de trois thématiques qui s’articulent et se complètent entre elles.

12 propositions pour un campus écologique et résilient face au climat

Le jeudi 2 avril 2026, les participants ont présenté leurs 12 propositions (détails en annexe) devant la présidence de l’UGA. Ces mesures doivent être considérées comme un ensemble indissociable et complémentaire et s’articulent autour de trois axes.

Thématique 1 : Garantir une alimentation saine, motrice de la transition écologique et accessible à toutes et tous
L’alimentation constitue en effet le poste le plus émetteur de gaz à effet de serre de l’UGA, après les bâtiments. Selon le bilan annuel de 2023, l’alimentation représente 56 % des émissions du CROUS Grenoble Alpes, dont 23 % uniquement liés à la viande. C’est, selon les participants de la CCE, le levier le plus efficace pour réduire rapidement l’empreinte carbone de l’université.

Thématique 2 : Biodiversité, vivre avec les non-humains pour préserver la biodiversité et la santé
Cette thématique prend une dimension particulière à Grenoble car le campus abrite le plus grand refuge de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Traversé par l’Isère et entouré de montagnes, il abrite une biodiversité riche, qu’il est essentiel de protéger et de valoriser.

Thématique 3 : Une gouvernance de l’université par et pour les étudiants et personnels
Pour les étudiants, cette thématique est essentielle. Selon eux, la transition écologique du campus passe nécessairement par une transformation du modèle décisionnel de l’université, notamment par une implication renforcée des étudiants dans les décisions.

Une UGA volontaire sur les sujets environnementaux

Le 22 juin 2026, la direction à la transition écologique (DIRTREC) a répondu, point par point, aux propositions des étudiants. Certaines mesures sont validées, d’autres étudiées et quelques-unes rejetées. Cependant, les étudiants évoquent des difficultés à dialoguer avec la DIRTREC : ils attendent toujours le document officiel de réponse. « C’est compliqué de faire un retour complet aux étudiants en ne pouvant s’appuyer sur aucun support », déclare Guillaume, l’un des représentants des participants de la CCE.

Malgré tout, « la direction nous a pris au sérieux, a compris nos propositions et a su mobiliser des ressources pour étudier leur mise en œuvre » ajoute Guillaume. Elle s’est notamment montrée ouverte aux mesures de sensibilisation et à celles qui s’inscrivent dans des dynamiques déjà en cours. Ainsi, l’UGA a retenu la proposition de sensibilisation aux impacts de l’alimentation (mesure 1.2) et propose l’organisation d’un mois thématique en octobre 2026 en collaboration avec Grenoble Alpes Métropole. De même, l’idée de garantir un socle de connaissances communes à l’ensemble des étudiants sur le fonctionnement de l’UGA et les enjeux climatiques (mesure 3.3) est à l’étude. Ce renforcement de l’accès à l’information est primordial pour les participants de la CCE car cela permettrait aux étudiants de s’impliquer davantage, à la fois dans la gouvernance de l’établissement et dans des initiatives citoyennes comme la CCE.

Sur le volet alimentation, l’UGA souhaite poursuivre les efforts déjà engagés : la réduction de la viande rouge (mesure 1.1), l’augmentation progressive des produits bio (mesure 1.4) et la mise en place d’une journée végétarienne par semaine dans l’un des restaurants CROUS du campus. L’UGA prévoit également de lancer un appel à projets pour 2028 afin de renforcer l’offre de produits locaux dans les distributeurs du campus.

« Côté biodiversité, il y a eu un vrai travail de fait », reconnaît Guillaume. Les cours en extérieur (mesure 2.1) ont particulièrement convaincu la direction, qui a inscrit la construction d’un amphithéâtre de verdure dans la liste des priorités budgétaires de la vice-présidence du patrimoine pour 2027. La direction envisage de mettre en place un parcours ombragé à travers le campus afin de mieux l’adapter aux périodes de canicule. Cependant, la direction a par exemple refusé la mise en place de jardins partagés, proposés afin de recréer du lien avec le vivant (mesure 2.2). Pour elle, ces projets seraient impossibles à entretenir pendant l’été, période où le campus se vide de ses étudiants. Les participants de la CCE avaient cependant anticipé cette limite, proposant ainsi d’engager des membres du personnel universitaire ou de collaborer avec des associations grenobloises afin d’assurer la continuité de la gestion. Cette possibilité n’a pour le moment pas été étudiée par l’UGA.

Des difficultés à repenser le modèle de gouvernance

Les étudiants ont cependant rencontré plus de difficultés à faire valoir leurs mesures sur le volet gouvernance, qui reste « au point mort » selon l’un des étudiants. Cette thématique remettait davantage en question le fonctionnement institutionnel de l’université, notamment en proposant d’accorder plus de pouvoir aux étudiants dans les instances décisionnelles.

La direction invoque des arguments d’ordre juridique pour réfuter les propositions de modification de la composition du conseil d’administration, qui prévoyaient d’y intégrer plus d’étudiants (passer de 6 à 12 membres, sur 41) ainsi que des représentants des non-humains pour défendre leurs intérêts au niveau local et global. L’article L712-3 du Code de l’éducation, qui définit les modalités de gouvernance des établissements universitaires, prévoit un maximum de 6 représentants étudiants au sein du conseil d’administration. Il énumère aussi de manière exhaustive les 4 catégories de membres qui peuvent y siéger (enseignants, étudiants, extérieurs et personnel AITB) excluant de ce fait la possibilité d’y intégrer une cinquième catégorie représentant les non-humains. Cependant, les étudiants plaident pour, a minima la mise en place d’un système de doléances pour permettre aux acteurs associatifs, aux élus des collectivités, etc., d’interpeller le conseil d’administration sur des sujets environnementaux.

Pour Marie, l’une des participantes à la CCE qui a particulièrement travaillé à l’instauration d’un conseil des non-humains (mesure 2.4), il serait pertinent de défendre cette mesure au niveau national. Du fait de sa proximité avec les montagnes, son refuge LPO et la richesse de sa biodiversité, l’UGA pourrait jouer un rôle en défendant cette mesure novatrice au niveau ministériel.

Enfin, certaines propositions, comme la revalorisation du statut des étudiants engagés, restent pour l’instant en suspens. Actuellement réservé aux élus et membres d’associations, ce statut exclut des initiatives comme la CCE, où des étudiants s’investissent bénévolement depuis plusieurs mois, sans contrepartie ni valorisation académique. Un groupe de travail a néanmoins été créé afin d’étudier la faisabilité de cette mesure, en collaboration avec les syndicats étudiants.

Le point de départ d’une dynamique durable et prometteuse

Cette initiative, permise par l’UGA, a marqué un tournant en offrant aux étudiants un cadre de travail pour réfléchir à des sujets complexes mais déterminants, et imaginer un campus plus écologique et mieux adapté au dérèglement climatique.

Les étudiants se sont ainsi emparés d’une problématique qui les concerne en premier lieu, pour réfléchir posément, avoir accès à toutes les connaissances préalablement requises et élaborer des propositions rigoureuses de manière démocratique. Cette convention n’est que le début d’une réflexion qui se poursuivra l’année prochaine, puisque la direction a acté l’organisation d’une seconde convention en 2027, dont les thèmes et les modalités de participation restent encore à déterminer.

Les 12 propositions de la CCE

  • Chapitre 1 : Garantir une alimentation saine, motrice de la transition écologique et accessible à tous et à toutes
    • Mesure 1.1 : Réduire les quantités de viande proposées en restauration universitaire au CROUS Grenoble Alpes en proposant davantage d’alternatives végétariennes 
    • Mesure 1.2 : Mettre en place une collaboration entre l’UGA, le CROUS Grenoble Alpes et un organisme ou association pour informer et sensibiliser les étudiant·e·s et le personnel sur les impacts de l’alimentation
    • Mesure 1.3 : Intégrer davantage les étudiant·e·s de l’UGA dans les choix d’approvisionnement alimentaire du CROUS
    • Mesure 1.4 Augmenter la part d’approvisionnement en denrées labellisées BIO (Agriculture Biologique)
  • Chapitre 2 : Vivre avec les non-humains pour préserver la biodiversité et la santé à l’UGA
    • Mesure 2.1 : Intégrer des cours en extérieur dans chaque formation universitaire et aménager des espaces favorables à de tels usages 
    • Mesure 2.2 : Créer des jardins partagés sur le campus 
    • Mesure 2.3 : Renforcer la végétalisation des bâtiments 
    • Mesure 2.4 : Créer un Conseil des Non-Humains avec des sièges au Conseil d’Administration 
  • Chapitre 3 : Une gouvernance de l’université par et pour les étudiant·e·s vers une transition écologique participative
    • Mesure 3.1 : Réorganiser le fonctionnement des instances décisionnaires 
    • Mesure 3.2 : Revaloriser le statut d’étudiant·e engagé·e 
    • Mesure 3.3 : Apporter un socle de connaissances communes sur l’organisation de l’UGA et les enjeux climatiques
    • Mesure 3.4 : Inclure un système de Référendum d’Initiative Étudiant et Personnel à l’université

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