L’information n’a jamais été aussi essentielle et pourtant aussi vulnérable. Spotlighted, Coop-médias, une centaine d’organisations et de médias partenaires et des milliers de citoyens.nes appellent à une mobilisation collective pour faire de l’information un bien commun dans cette tribune.
Jamais depuis des décennies l’information n’a été à la fois si précieuse et si fragile. Les mutations profondes du paysage médiatique — concentration économique, transformations numériques, précarisation des métiers… — fragilisent le pluralisme et appauvrissent le débat public. Face à cet enjeu démocratique majeur, une mobilisation collective est indispensable pour refaire de l’information un bien commun.
Selon les dernières études disponibles, onze milliardaires, pour la plupart à la tête de groupes industriels extérieurs au secteur des médias, contrôlent 81 % des ventes de presse quotidienne nationale, 95 % des hebdomadaires généralistes et près de la moitié des audiences radio et télé. Cette concentration, conjuguée à la montée en puissance des grandes plateformes numériques — elles-mêmes propriétés d’une poignée d’hommes d’affaires — dont les logiques algorithmiques invisibilisent de nombreux médias, captent les revenus publicitaires et favorisent l’émotion plutôt que l’information, accroît le risque d’influences économiques ou politiques, réduit la diversité éditoriale et pèse sur la qualité du débat démocratique.
Les effets sont déjà visibles : appauvrissement de la qualité éditoriale, traitement partiel voire insuffisant de sujets d’intérêt général pourtant centraux pour notre société : questions sociales, écologiques, sanitaires, situation des minorités, initiatives citoyennes…
À titre d’exemple, les ONG QuotaClimat, Science Feedback et Data for Good ont démontré que la désinformation climatique a triplé entre janvier et août 2025, avec 529 narratifs de mésinformation et 19 cas de désinformation. S’agissant de la représentation sociale, l’Arcom souligne que les catégories socio-professionnelles modestes sont nettement sous-représentées dans les médias, principalement à la télévision : elles apparaissent deux fois moins souvent à l’écran que leur poids réel dans la société, et leur présence a été divisée par deux en moins de dix ans.
Sans surprise, cette crise du paysage médiatique nourrit la défiance des citoyennes et citoyens : près des deux tiers des Françaises et des Français déclarent ne pas faire confiance aux médias pour traiter les grands sujets d’actualité.
Pourtant, cette situation n’est pas une fatalité. Un écosystème médiatique dynamique et pluraliste existe déjà, porté par des acteurs variés : des médias historiques engagés dans des démarches ambitieuses pour garantir leur indépendance (sanctuarisation du capital, chartes, partenariats…), des structures indépendantes qui explorent angles et récits innovants, des initiatives citoyennes qui réinventent les modèles de gouvernance, d’organisation et de financement.
Parmi ces acteurs, les médias indépendants jouent un rôle clé dans l’ambition d’un journalisme d’intérêt général : enquêtes approfondies, analyses sociales et économiques pointues, attention particulière portée aux initiatives locales, exploration des solutions, mise en lumière de celles et ceux qu’on entend moins, voire pas du tout. Ils enrichissent le débat démocratique et offrent des perspectives souvent absentes des grands flux d’information. Pourtant, ils peinent à se développer à la hauteur de leur utilité sociale et se heurtent à des obstacles structurels : taille modeste, insuffisance des soutiens publics et privés, domination économique des grands groupes.
Comme dans l’énergie, le logement ou l’agriculture, des initiatives — souvent portées par la société civile et l’économie sociale et solidaire — émergent pour offrir des réponses concrètes aux difficultés rencontrées par ces projets d’utilité publique : le Fonds Presse Libre, la Maison des médias libres, ou encore Coop-médias, coopérative permettant aux citoyennes et citoyens de se réapproprier l’information en investissant leur épargne pour financer une presse libre et indépendante.
Nous lançons donc cet appel : soutenons un écosystème médiatique réellement diversifié. Lisons les médias indépendants, finançons-les, défendons-les, et demandons aux pouvoirs publics qu’ils protègent réellement le pluralisme.
Car l’information n’est pas une marchandise : c’est un bien commun !
