Courchevel : séjour à Miami, resto à St-Tropez et « pratiques constitutives de conflits d’intérêts » à l’office de tourisme

La chambre régionale des comptes Auvergne-Rhône-Alpes a produit un rapport accablant concernant la gestion de l’office de tourisme de Courchevel, financé à plus de 80 % par la commune. Les magistrats ont notamment constaté que « des paiements et remboursements de frais ont été réalisés au bénéfice d’un précédent directeur, alors qu’il ne s’agit manifestement pas de dépenses à caractère professionnel », ainsi que « des pratiques constitutives de conflits d’intérêts manifestes ». En voici les détails.

« Un comité de direction […] peu impliqué sur toutes les questions de gestion », « Une absence de projet formalisé », « absence d’évaluation et de contrôle par la commune », « Des dépenses insuffisamment maîtrisées », « procédures comptables à fiabiliser », « Des régies insuffisamment contrôlées », « Des dépenses non justifiées », « rémunérations élevées et irrégulières », etc.

En lisant ces titres du sommaire du rapport, on ne sait par où commencer. Alors commençons par le commencement : la direction générale.

Un séjour à Miami à 9000 € non justifié 

Il semble en effet difficile pour les magistrats d’établir le lien « qui n’a pas été justifié » entre une dépense de 9000 € pour le financement d’un séjour à Miami ou celle de 225 € dans un restaurant de St-Tropez, avec les missions de l’office de tourisme de la station de ski savoyarde. 

Et il ne s’agit pas de cas isolés. Plusieurs dépenses « sans mention de l’objet exact de la dépense, de sorte qu’il est difficile de faire le lien avec un programme d’actions mené par Courchevel Tourisme », ont été relevées sur la période 2018-2023, notamment au game center, ou encore un vol en montgolfière pour 900 €, sans précision des invités. 
Enfin, des personnes extérieures auraient été hébergées « de manière coûteuse » par Courchevel Tourisme « sans lien avec un programme d’action ». Une journaliste chargée du service voyage de son journal, ainsi que ses proches ont notamment été hébergés aux frais de l’office du tourisme pour un montant total de 3090 €. Une opération réitérée pour une ancienne Miss France et un photographe, logés dans « un palace pour un montant de 2700 € ».

« Des pratiques constitutives de conflits d’intérêts manifestes »

Le rapport pointe également « des pratiques constitutives de conflits d’intérêts manifestes dans l’attribution des marchés publics de l’établissement ». 

Lors du contrôle d’un échantillon de huit marchés publics, « pas tous complets », la chambre a constaté « des insuffisances dans la conservation et l’archivage des dossiers ». La chambre constate « un faible niveau de concurrence pour certaines procédures alors que la station bénéficie d’une grande notoriété » et  « la récurrence du recours à certains fournisseurs ». De surcroît, certains marchés n’ont tout simplement pas fait l’objet d’appels d’offres ni de mise en concurrence, une étape pourtant obligatoire pour toutes les prestations dépassant le seuil de 40 000 € HT. 

« a conclu, en sa qualité de directeur de l’office de tourisme, deux contrats avec une société détenue par son épouse »

L’un des directeurs, en poste de 2020 à 2022, a quant à lui « commandé des prestations avec des partenaires avec lesquels il avait des intérêts ». Il « a conclu, en sa qualité de directeur de l’office de tourisme, deux contrats avec une société détenue par son épouse » pour la gestion de festivals et d’animations sur la station, mais également avec des sociétés d’associés du directeur général dans d’autres sociétés, ou encore une société dont le directeur général est associé. La cour des comptes demande donc à l’établissement de « mettre en place un dispositif de prévention des conflits d’intérêts, que ce soit au niveau de la direction, de la présidence ou des membres du comité de direction ».

« ce contentieux n’a pas été suivi par Courchevel Tourisme en dépit des enjeux financiers importants qu’il comportait »

Ce même directeur a été suspendu en juin 2022 puis licencié pour faute grave, sans indemnité. L’intéressé a contesté cette décision devant le tribunal administratif de Grenoble, qui a annulé ce licenciement par un jugement en date du 2 avril 2025. Dans ce jugement, le tribunal rappelle que « Courchevel Tourisme n’a jamais répondu aux sollicitations du tribunal dans le cadre de la procédure. La chambre constate que ce contentieux n’a pas été suivi par Courchevel Tourisme en dépit des enjeux financiers importants qu’il comportait ».

6 directeurs en 5 ans et des rémunérations jugées « excessives » 

À la tête de la direction générale, 6 directeurs se sont succédé sur la période 2018-2023, « trois d’entre eux ayant fait l’objet d’une procédure de licenciement ». Selon le rapport « ils ont bénéficié de larges pouvoirs, sans rendre suffisamment compte de leur activité au comité de direction et à la commune »

« le prêt ou la location par un des directeur de l’office de son logement de fonction à des travailleurs saisonniers »  

De plus, la chambre déclare que « l’analyse des rémunérations des directeurs successifs n’a pas respecté [le]cadre alors même qu’il permet déjà au directeur de l’organisme d’être rémunéré au même niveau qu’un directeur général des services d’une collectivité gérant des centaines voire des milliers d’agents ». Au cours des 5 dernières années, « de nombreuses anomalies ont pu être constatées dans tous les domaines de la gestion » notamment des salaires et primes versées à certains directeurs : le versement « irrégulier » d’un 13ème mois qui ne doit normalement pas concerner les« agents contractuels de droit public », un non respect de la « réglementation relative au temps de travail », des rémunérations trop élevées, des primes versées « sans fondement juridique » ou encore le prêt ou la location par un des directeur de l’office « de son logement de fonction à des travailleurs saisonniers ».  Certaines anomalies ont aussi été relevées dans le versement de « primes extraconventionnelles » qui « ne figurent pas aux contrats de travail des salariés concernés ». 

La cour des comptes reconnaît néanmoins certaines améliorations depuis l’arrivée, en mars 2023, d’Alexia Lainé au poste de directrice générale. L’office de tourisme de Courchevel n’a cependant produit qu’une réponse laconique tenant sur une seule page à la suite de la publication de ce rapport, qui lui, fait plus de 40 pages.


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