Le double médaillé des JO d’hiver 2026 en ski-alpinisme a obtenu la remise gracieuse des frais de mise en fourrière de son véhicule, due à la sécurisation de la cérémonie de retour des athlètes à Albertville le 23 février dernier. Un « accord » entre la mairie et l’athlète, qui n’a pas répondu à nos questions.
La mairie d’Albertville aime-t-elle jouer aux voituriers aux frais des contribuables ? C’est ce que laisse penser l’« accord » conclu en février dernier entre cette dernière et le champion olympique de ski-alpinisme Thibault Anselmet.
La voiture de l’athlète, stationnée aux abords de la halle olympique d’Albertville, gênait la mise en place du dispositif de sécurité de la cérémonie de retour des athlètes des Jeux olympiques d’hiver de Milano-Cortina, le 23 février dernier. Était notamment attendu le Premier ministre Sébastien Lecornu, et un arrêté préfectoral autorisait la police nationale à capter, enregistrer et transmettre des images au moyen de drones, « afin d’assurer la sécurisation des abords du secteur du mât et de la Halle olympique ». Le véhicule a donc été enlevé et placé en fourrière.
Un délai d’affichage trop court ?
La remise gracieuse des frais de fourrière a été accordée le 18 mai 2026 sur décision du conseil municipal. Mais cette demande, formulée par l’athlète, est en réalité un accord entre ce dernier et la Ville, de l’aveu même de son maire Frédéric Burnier Framboret, lors du conseil municipal du 13 avril 2026 :
« Le pauvre garçon, comme nous-même, ne pouvions envisager ce cas de figure »
Frédéric Burnier Framboret, maire d’Albertville
« […] ce brave garçon s’est garé là où il avait le droit évidemment, à côté du centre national de ski, sauf qu’entre-temps est arrivé le drapeau olympique et que l’État nous a demandé de faire place nette pour mettre les forces de l’ordre à cet endroit-là. Le pauvre garçon comme nous-même ne pouvions envisager ce cas de figure et donc c’est pourquoi on avait convenu de cet accord : on enlèvera la voiture mais on vous fera remise des frais de fourrière par le conseil municipal […] lui étant encore à Milan, ne pouvait pas revenir. »
Un retour de Milano-Cortina avec 100 000 € de primes d’argent public
« Le pauvre garçon » savoyard de 28 ans, double champion du monde, champion d’Europe, 14 fois champion de France, 5 globes en coupes du monde, et nommé au grade de Chevalier de la Légion d’honneur par Emmanuel Macron en avril dernier, est revenu de Milano-Cortina avec 100 000 € de primes d’argent public (hors impôts), pour sa médaille d’or en relais mixte (80 000 €) et sa médaille de bronze en sprint (20 000 €). Des sommes qui restent cependant rares et hypothétiques dans la carrière d’un·e athlète de haut niveau. Les frais de fourrière, eux, s’élèvent à 127,65 €.
« Le fait qu’il soit champion olympique ne change rien au fait que ce soit un citoyen comme un autre »
Pascale Martinot, élue d’opposition
Cela n’a été tranché que le 18 mai, mais le sujet était en débat depuis le conseil municipal du 13 avril. Cependant, la délibération n°37 a été retirée à l’époque, la majorité ne maitrisant visiblement pas le sujet d’un point de vue légal. En témoigne cet échange flottant entre Pascale Martinot, élue d’opposition, et le maire Frédéric Burnier Framboret :
Pascale Martinot : « […] le fait qu’il soit champion olympique ne change rien au fait que ce soit un citoyen comme un autre. Le principe même de se faire enlever sa voiture parce qu’on ne peut pas la déplacer avant que la fourrière n’arrive, qu’on soit aux jeux olympiques ou ailleurs, ça ne change rien, c’est pareil pour tout le monde.
« c’est auprès du procureur que ce jeune homme doit faire sa démarche »
Pascale Martinot, élue d’opposition
Au-delà de ça, ce qui m’interroge c’est qu’elle n’est pas motivée en droit cette délibération. Pour moi le maire n’est pas compétent pour l’exonérer. J’ai vérifié qu’il y a un règlement de la fourrière mais ça n’aurait pas changé grand chose. Il n’y a pas de règlement de fourrière d’Albertville, donc c’est le code de la route qui s’applique. Alors, soit il y a un arrêté préfectoral qui dispose qu’à ce moment-là on ne peut pas se garer à tel endroit, dans ce cas-là c’est le préfet qui exonère. Mais en l’absence de ça parce que d’après vos explications ce n’est pas le cas, c’est le procureur en fait. Donc, c’est auprès du procureur que ce jeune homme doit faire sa démarche. »
Frédéric Burnier Framboret : « Très bien. On va vérifier ce point de droit. On va retirer cette délibération pour ne pas faire des choses illégales, on la représentera […] avec les éléments de droit nécessaires. »
« Il y a un principe constitutionnel dans un État de droit, c’est l’égalité de traitement des citoyens »
Pascale Martinot, élue d’opposition
Si une incohérence subsiste, car la liste des délibérations du conseil municipal du 13 avril précise que la délibération n°37 « Demande de remise gracieuse frais fourrière automobile » est « approuvée à l’unanimité », la délibération a bel et bien été de nouveau présentée lors du conseil municipal du 18 mai 2026. Cela a donné lieu à un nouvel échange entre l’élue d’opposition Pascale Martinot et le maire Frédéric Burnier Framboret :
Pascale Martinot : « […] En réalité il aurait fallu un remboursement de dette et c’est pour ça que le conseil municipal est compétent, sauf que l’usager n’a pas contesté préalablement auprès du procureur sa mise en fourrière. Tant mieux pour lui. […] Demain si un citoyen qui est artiste professionnel et qui part en tournée trois semaines et qui se retrouve dans le même cas de figure demande l’intervention de monsieur le maire, forcément il faudrait y faire droit. […] Ça peut être n’importe qui en fait en réalité (sic), parce que encore une fois il y a un principe constitutionnel dans un État de droit, c’est l’égalité de traitement des citoyens. […] ça crée un précédent et qu’il (sic) faudra être bien attentif au fait que désormais tous les citoyens aient la même possibilité de recours gracieux. »
« Qu’il soit sportif de haut niveau ou femme de ménage du centre de ski […], c’était exactement la même chose »
Frédéric Burnier Framboret, maire d’Albertville
Frédéric Burnier Framboret : « […] les conditions étaient exceptionnelles et anticipées puisque c’est nous-mêmes qui lui avons dit devant la demande de l’état et de la préfète d’enlever les véhicules pour sécuriser la halle olympique en vue de l’arrivée du drapeau, qui sont quand même vous le reconnaîtrez des circonstances exceptionnelles. Et le fais qu’il soit sportif de haut niveau ou femme de ménage du centre de ski de haut niveau, c’était exactement la même chose. »
Sollicité à plusieurs reprises, Thibault Anselmet n’a pas répondu à nos questions adressées par mails et sur la messagerie de son compte Instagram (auquel, d’ailleurs, nous n’avons plus accès depuis). Ni la majorité, ni Karine Martinato (élue d’opposition) n’ont répondu à nos questions.


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