Grenoble, 30 décembre 2024. Un homme agresse une femme et sa sœur de 15 ans, dans la rue. Pour cela, l’homme de 23 ans sera jugé et condamné trois jours plus tard à 5 mois de prison ferme et 5 ans d’interdiction de territoire français, d’après un article du Dauphiné libéré publié à la suite du jugement.
Le Journal du dimanche s’appuiera sur l’article du quotidien local pour reprendre la nouvelle sur son site internet. En quelques mots, tout est dit : le lieu, la violence, et surtout, l’origine du suspect. La nationalité tunisienne de l’individu est mentionnée quatre fois dans l’article. Et pour le Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM), cela pose problème.
Saisi par une lectrice, cette dernière estime que titrer l’article « en faisant mention de la nationalité de l’agresseur et de son temps de séjour en France » revient à « [imputer] un lien de causalité entre son origine et les faits qui lui sont reprochés ». Elle interroge : « La question de l’origine des victimes ne se pose à aucun moment, donc pourquoi celle de l’agresseur est-elle mise en avant ? »
Si le CDJM note que « la mention de la nationalité de l’agresseur se justifie pour la compréhension de la peine d’interdiction de séjour prononcée par le tribunal correctionnel », il alerte sur le fait que « préciser dans le titre et insister dans le corps du texte depuis quand cet homme était en France – au total, cette indication est répétée quatre fois – n’est pas nécessaire à la compréhension des faits ».
Par consensus, le CDJM a déclaré la saisine fondée, estimant que « l’obligation déontologique de veiller à ne pas inciter à la propagation de haine ou de discrimination n’a pas été respectée ».
Pour appuyer sa décision, le CDJM se réfère à sa recommandation sur le traitement des faits divers, ainsi qu’à l’article 9 de la Charte d’éthique mondiale des journalistes :
Le/la journaliste veillera à ce que la diffusion d’une information ou d’une opinion ne contribue pas à nourrir la haine ou les préjugés et fera son possible pour éviter de faciliter la propagation de discriminations fondées sur l’origine géographique, raciale, sociale ou ethnique, le genre, les mœurs sexuelles, la langue, le handicap, la religion et les opinions politiques.
Charte d’éthique mondiale des journalistes
Qu’en pense le Journal du dimanche ?
L’avis précise que « le CDJM a adressé à M. Geoffroy Lejeune, directeur de la rédaction du Journal du dimanche, avec copie à M. William Guime, journaliste, un courriel les informant de cette saisine et les invitant à faire connaître leurs observations, comme le prévoit le règlement du CDJM, dans un délai de quinze jours. À la date du 13 mai 2025, aucune réponse n’est parvenue au CDJM ». Contacté par Spotlighted, le Journal du dimanche n’a, à ce jour, pas répondu non plus.
