L’aérodrome d’Albertville inquiète les associations environnementales et les riverains

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Une réunion publique a eu lieu à Tournon le 6 juin dernier, dans le cadre de la présentation du projet d’Arlysère pour la restructuration de l’aérodrome, en présence de Sandrine Berthet, maire de Tournon et vice-présidente d’Arlysère en charge du dossier aérodrome, Jean-Louis Camus, directeur d’exploitation du SAF, et Franck Lombard, président de Arlysère.

Le projet de restructuration de l’aérodrome, qui héberge les aéronefs d’une douzaine de sociétés et associations, a plusieurs objectifs : 

  • réduire les nuisances sonores en collaboration avec les services de l’État, avec la mise en place de murs anti-bruit végétalisés et d’axes de décollage/atterrissage plus éloignés des habitations.
  • améliorer la sécurité en séparant les activités hélicoptères/avions et en optimisant les flux de visiteurs; 
  • se conformer aux règles environnementales en termes de consommation d’énergie, de gestion des déchets et des eaux usées, avec une mise en conformité des réseaux secs et humides.
  • mises aux normes face au risque d’inondation.

Jean-Louis Camus a tenu à préciser en préambule qu’il regrettait que le projet de charte élaboré entre les élus d’Arlysère, le délégataire Gemilis Aéro, l’association des usagers de l’aérodrome, SAF, la DGAC et l’Association contre les nuisances et le développement de l’aérodrome d’Albertville (ACNDAA), n’ait pas été signé, et que même si cette charte était la plus restrictive des aérodromes de France, SAF s’engageait à la respecter.

De son côté, Timothée Foucault, membre de l’Association contre les nuisances et le développement de l’aérodrome d’Albertville (ACNDAA), précise qu’ « au moment de signer, on a demandé à nos adhérents s’ils étaient pour ou contre la signature de cette charte. La grande majorité était contre car la plupart des propositions faites par l’association avaient été rejetées, et la charte n’était plus assez restrictive. Donc signer la charte en l’état c’était donner un blanc-seing à l’installation du SAF. À la base on avait demandé non pas une charte mais une Commission consultative de l’environnement (CCE), qui peut faire intervenir pleins d’associations tiers de défense de l’environnement. Et ça a été refusé. »

Entretien avec Timothée Foucault, de l’association contre les nuisances et le développement de l’aérodrome d’Albertville (ACNDAA)

Quelles sont les nuisances que vous estimez subir à cause de l’activité de l’aérodrome ?

Les nuisances sont très différentes en fonction des localisations. Pour certaines personnes ce sont les essais au sol. D’autres ne vont pas l’entendre, mais seront impactés par l’école de pilotage. La dessus il faut ajouter l’activité normale de l’aérodrome, avec des vols de formation de l’école de pilotage d’avion. Et là dessus on ajoute la saison d’ouverture des stations de ski avec des  jet privés qui viennent se poser et décoller. Ça fait beaucoup d’activités qui en plus sont complémentaires dans le temps. On a absolument aucun moment de répit. Les gens saturent de tout ce bruit et de toute cette pollution atmosphérique. Ils s’inquiètent aussi de la valeur de leurs biens. Si des personnes veulent revendre leur maison, les acheteurs se rendent compte de l’environnement de leur bien et refusent. Ils sont obligés de vendre leur maison avec une certaine décote. 

Quelles sont vos revendications vis-à-vis du projet de développement de l’aérodrome ?

Il faut une concertation avec les citoyens, pour les consulter plutôt que de leur exposer des choses toutes faites et les mettre devant le fait accompli. On veut revenir à l’état de l’aérodrome avant 2019. On est dans un contexte de vallée habitée, et un hélicoptère ça résonne dans tous les sens. Pour nous, l’augmentation d’une activité hélicoptère ici ce n’est pas du tout approprié. Le SAF ne fait pas d’opération de secours depuis l’aérodrome d’albertville. Ils font de l’entretien d’hélicoptère de secours, qui sont basés ailleurs en France. Donc que cette maintenance se fasse à Albertville ou en rase campagne ça ne change absolument rien à la mission du SAF.

Sur la réfection de la piste, on propose à Arlysère de la raccourcir pour qu’elle ne soit praticable uniquement par des petits avions de tourisme, et plus par des jets privés. Ça coûte moins d’argent à Arlysère et ça enlève une partie des nuisances hivernales.

Qu’avez-vous pensé de la présentation publique du projet à Tournon ?

Il n’y a pas eu beaucoup de publicité de la part d’Arlysère autour de cette réunion publique. Ça a été affiché par la mairie de Tournon, sur laquelle est la majorité de l’aérodrome. Par contre, il n’y a pas d’informations qui ont été données aux habitants des autres communes. 

On est très très inquiets de la tournure que prennent les événements. Parce que le SAF veut construire des nouveaux bâtiments, et cela va entériner leur hausse d’activité. Une fois qu’ils auront construit leurs bâtiments, qui vont être un énorme investissement pour cette entreprise, on craint vraiment qu’il faille rentabiliser tout ça et du coup avoir une augmentation de l’activité. Bien que le SAF officiellement n’annonce pas d’augmentation du trafic, le problème c’est que même en l’état actuel les riverains sont déjà à saturation du point de vue du bruit. Du coup nous on ne souhaite pas du tout un statu quo de la fréquentation actuelle de l’aérodrome. On souhaite que cela reste un aérodrome de loisir et pas un aérodrome industriel comme ce qui nous pend au nez. Le mur anti-bruit tel qu’il est prévu actuellement est tourné vers Notre-Dame-des-Millières, mais ils comptent faire leur essais au sol hélicoptères côté Frontenex. On va exposer toute la population de Frontenex et Tournon à des nuisances qui vont certainement être très importantes.

Des associations environnementales s’opposent au projet

Pour Jean Busson, administrateur de France Nature Environnement Savoie depuis 2008, ce qui est mauvais pour l’homme est mauvais pour la faune et la flore. « La pollution atmosphérique n’est bonne ni pour la faune ni pour la flore. Les vaches qui pâturent des prés exposés aux produits résultant de la combustion des gaz des aéronefs ne se portent pas bien non plus, et on retrouve dans le lait inévitablement les produits déposés sur les herbes. »

Si le défenseur de l’environnement avoue n’avoir « pas identité des espèces particulières qui connaissent un déclin à cause d’une activité aéroportuaire » il précise que « ce que l’on constate au niveau national et dans les vallées alpine, c’est un effondrement des population d’oiseaux, en nombre d’espèces présentes et en nombre d’individus par espèce. »

Pour lui, ce n’est pas lié spécifiquement aux aéroport, « c’est la destruction des espaces naturelles, des haies, l’urbanisation croissante. C’est une multitude de facteurs. Mais « ce développement de l’aérodrome, c’est la cerise sur le gâteau d’un milieu qui subit des atteintes importantes du fait de l’augmentation de l’activité économique, et de la densité de l’occupation humaine. »
Vincent Neirinck est expert en protection de la montagne et conseiller stratégie et relations institutionnelles de l’association Mountain Wilderness. Au sein de l’association, les enjeux de loisirs motorisés, comme l’héliski et la motoneige, sont majeurs. « L’important est qu’on ait la possibilité de débattre dans un cadre donné, avec l’ensemble des données. Il y a un certain nombre de choses qu’on ne peut plus se permettre collectivement. Il y a des accords internationaux et nationaux pour limiter les gaz à effet de serre. Il y a un besoin de préserver la quiétudes des habitants et de la montagne. C’est vrai pour la faune mais aussi pour l’être humain. On note une prise de conscience importante. », explique Vincent Neirinck.

Une pétition contre le développement de l’aérodrome 

8 associations (Environnement et Partage, Association Contre les Nuisances et le Développement de l’Aérodrome d’Albertville, Association contre les Dangers et les nuisances de l’aviation, Union Française Contre les Nuisances des Aéronefs, Mountain Wilderness France, France Nature Environnement Savoie, Association Contre les Nuisances et le Développement de l’Aérodrome d’Albertville et Vivre en Tarentaise) ont lancé une pétition commune, qui a déjà récolté plus de 2000 signatures, pour demander :

  • Un retour à la situation d’avant 2019 avec le respect de la nature d’aérodrome à activité principale récréative et de loisirs avec restriction des structures basées et des vols par type d’activité afin de respecter la nature de cet aérodrome
  • Une limitation stricte de mouvements, par jour afin de ne pas subir les reports liés à la météo ou aux périodes touristiques, par semaine, par mois et par an.
  • Un respect des riverains par des règles strictes, notamment, les week-ends, jours fériés, heures de repas et de repos des riverains, et hauteur et trajectoires de vol, départ uniquement avec bonne visibilité
  • Un arrêt des activités nuisibles sur l’ensemble de nos montagnes, au départ de l’aérodrome d’Albertville, au bénéfice de quelques privilégiés (transports privés, vols panoramiques, héli-restau, héli-ski …)
  • Une prise en compte des jours de pollution
  • Un arrêt de tout financement par la collectivité du projet de développement industriel et commercial
  • Une réduction de 5 % par an de la vente de kérosène sur le site, conformément aux engagements français et européens de neutralité carbone

Si vous avez des informations à nous communiquer, vous pouvez nous contacter ici