Rhône-Alpes – Le projet de ligne ferroviaire Lyon-Turin est interpellé par un collectif d’agriculteurs de la région Auvergne-Rhône-Alpes (AuRA). Dans un communiqué de presse, ce collectif, qui « n’est pas portée par un syndicat agricole spécifique », dénonce les conséquences environnementales et foncières des chantiers.
Début juillet 2025, une vingtaine d’exploitations agricoles se sont réunies afin de rédiger une lettre ouverte intitulée « Face au deuxième Lyon-Turin – Qui soutiendra vraiment le monde agricole ? ».
Leur analyse s’appuie, selon le communiqué, sur « les effets concrets des chantiers déjà en cours en Maurienne sur l’agriculture locale, avec la perte de sources sur plusieurs versants et les emprises majeures des chantiers sur les terres agricoles ». Ces impacts sur la ressource en eau ont notamment fait l’objet d’enquêtes par la presse d’investigation.
Un risque foncier « de 1500 hectares minimum »
Le cœur de l’inquiétude porte sur la destruction de terres cultivables, le collectif avançant un chiffre alarmant pour la région AuRA : « Le monde agricole souffre déjà trop et ne pourra pas absorber les 1500 hectares (au minimum) de terres agricoles que les chantiers promettent de détruire sur la région AuRA. »
Selon eux, les fermes de Maurienne « nous alertent, c’est maintenant qu’il faut arrêter les chantiers, ne surtout pas laisser se lancer ceux correspondant aux « accès » de Lyon à Saint Jean de Maurienne car là bas rien ne se passe comme prévu sur le papier, et les emprises sur les terres agricoles sont bien plus importantes que ce qui avait été prévu initialement dans les DUP et les études ».
Et leur message est sans ambiguïté : « Nous ne pouvons permettre à un projet basé sur des projections erronées et qui n’a plus d’utilité aujourd’hui, de sacrifier le moindre mètre carré de terre supplémentaire. »
Une mobilisation de terrain
Pour illustrer l’importance du sujet, le collectif a opté pour la récolte de signatures manuscrites auprès des fermes proches du tracé, car cela « implique de la discussion, du contact et nous permet de créer du lien entre les différentes fermes […] quel que soit leur syndicat. »
À ce jour, le collectif a réuni « 279 signatures » issues de personnes travaillant dans l’agriculture et représentant « 183 exploitations différentes ». Le communiqué précise que ce chiffre « n’est donc pas représentatif de la globalité de l’opposition, mais cela vous permet de mesurer l’importance du sujet ».
« Aucun tarissement de source alimentant un captage d’eau potable »
Interrogé par mail à ce sujet, TELT, maître d’ouvrage de la section transfrontalière (entre Saint-Jean-de-Maurienne et Susa/Bussoleno) précise :
« Pour ce qui concerne les chantiers sous responsabilité de TELT, la préservation de l’environnement a toujours été une priorité pour nous.
Sur le premier sujet que vous évoquez, celui des sources, TELT a mis en place, dès les origines du projet, une politique volontariste et rigoureuse de protection de la ressource en eau. 650 points d’eau ont été cartographiés en Maurienne dès la phase d’études, 130 points d’eau sont actuellement surveillés a minima chaque mois et, à ce jour, il n’y a eu aucun tarissement de source alimentant un captage d’eau potable alors que plus du quart des galeries a déjà été creusé.
Sur le second point, celui des terres agricoles, les 57, 5 km de tunnel composant la majeure partie de la section transfrontalière étant en souterrain, ce sujet n’en est pas un pour TELT.
La mission confiée à TELT par l’Etat français et l’Etat italien s’arrête donc à Saint-Jean-de-Maurienne et vous comprendrez que nous ne pouvons commenter ou prendre parti sur ce qui ne relève pas de notre responsabilité. »
SNCF-Réseau, maître d’ouvrage de la section entre Lyon et Saint-Jean-de-Maurienne, n’a pas répondu à notre sollicitation à ce sujet.
